Cet exemple du problème de la biodiversité et de l'interdépendance des espèces animales et végétales est sans doute le plus dramatique à court terme.
La mort des abeilles met la planète en danger.
Les abeilles s'éteignent par
milliards depuis quelques mois. Leur disparition pourrait sonner le glas de l'espèce humaine.
C'est une incroyable épidémie, d'une violence et d'une ampleur faramineuse, qui est en train de se propager de ruche en ruche sur la planète. Partie d'un élevage de Floride l'automne dernier, elle a d'abord gagné la plupart des Etats américains, puis le Canada et l'Europe jusqu'à contaminer Taiwan en avril dernier. Partout, le même scénario se répète :
par milliards, les abeilles quittent les ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible, pas plus que de squatter pourtant prompt à occuper les habitats abandonnés.
▲ En quelques mois, entre 60 % et 90 % des abeilles se sont ainsi volatilisées aux Etats-Unis.
▲ En Allemagne, selon l'association nationale des apiculteurs, le quart des colonies a été décimé avec des pertes jusqu'à 80 % dans certains élevages. Même chose en Suisse, en Italie, au Portugal, en Grèce, en Autriche, en Pologne, en Angleterre. En France, l'épidémie a également repris de plus belle, avec des pertes allant de 15 % à 95 % selon les cheptels !!!
« Syndrome d'effondrement »Légitimement inquiets, les scientifiques ont trouvé un nom à la mesure de ces désertions massives : le « syndrome d'effondrement » - ou « colony collapse disorder ». Ils ont de quoi être préoccupés :
80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, ni pollinisation, et pratiquement ni fruits, ni légumes. «Trois quart des cultures qui nourrissent l'humanité en dépendent », résume Bernard Vaissière, spécialiste des pollinisateurs à l'Inra . Arrivée sur Terre 60 millions d'année avant l'homme, l'abeille à miel est aussi indispensable à son économie qu'à sa survie.
Faut-il incriminer les pesticides ? Un nouveau microbe ? La multiplication des émissions électromagnétiques perturbant les nanoparticules de magnétite présentes dans l'abdomen des abeilles ? « Plutôt une combinaison de tous ces agents », assure le professeur Joe Cummins de l'université d'Ontario. Il affirme que certains champignons présents dans des pesticides interagissent entre eux pour provoquer la destruction des abeilles. Même à faible concentration, affirme le professeur, l'emploi de
ce type de pesticides détruit les défenses immunitaires des abeilles. Par effet de cascade, intoxiquées par le principal principe actif utilisé, les butineuses deviendraient vulnérables à l'activité insecticide d'agents pathogènes pulvérisés en complément sur les cultures.
Butineuses apathiques.
Pour preuve, estime le chercheur, des champignons parasites de la famille des Nosema sont présents dans quantités d'essaims en cours d'effondrement où les butineuses ont été retrouvées infectées par une demi-douzaine de virus et de microbes.
• La plupart du temps, ces champignons sont incorporés à des pesticides chimiques, pour combattre les criquets, certaines teignes ou la pyrale du maïs. Mais ils voyagent aussi le long des voies ouvertes par les échanges marchands, à l'image d' un parasite porté par les abeilles d'Asie qui a contaminé ses congénères occidentales tuées en quelques jours.
• C'est ce que vient de démontrer dans une étude conduite sur l'ADN de plusieurs abeilles l'équipe de recherche de Mariano Higes. « Ce parasite est le plus dangereux de la famille, explique-t-il. Il peut résister aussi bien à la chaleur qu'au froid et infecte un essaim en deux mois.
Nous pensons que 50 % de nos ruches sont contaminées. » Or l'Espagne, qui compte 2,3 millions de ruches, est le foyer d'un quart des abeilles domestiques de l'Union européenne !!!
L'effet de cascade ne s'arrête pas là : il jouerait également entre ces champignons parasites et les biopesticides produits par les plantes génétiquement modifiées, assure le professeur. Il vient ainsi de démontrer que des larves infectées par Nosema pyrausta présentent
une sensibilité quarante-cinq fois plus élevée à certaines toxines que les larves saines.
Sans interdiction massive des pesticides systémiques, la planète risque d'assister à un autre syndrome d'effondrement : celui de l'espèce humaine qui risque tout simplement de mourir de faim puisque l'absence de pollinisation empêche non seulement les fruits et légumes de se former mais aussi le développement des plantes fourragères et donc l'alimentation du bétail sera touchée elle aussi. ▲ Il y a cinquante ans, Einstein avait déjà insisté sur la relation de dépendance qui lie les butineuses à l'homme : « si l'abeille disparaissait du globe, avait-il prédit, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre » ▲
Alors si vous trouvez une ruche dans votre grenier etc... ne les tuez pas mais appellez plutôt un apiculteur qui emmènera la ruche et pourra fabriquer du miel et qui en prendra soin.